PROPOSITION 1
Rien de ce qu'une idée fausse a de positif n'est ôté par la présence du vrai,
en tant que vrai.
Démonstration
La fausseté consiste seulement dans la privation de connaissance qu'enveloppent
les idées inadéquates (Prop.
35, p. 2), et elles n'ont rien de positif à cause de quoi elles sont
dites fausses (Prop.
33, p. 2) . Mais, au contraire, en tant qu'elles se rapportent à Dieu,
elles sont vraies (Prop.
32, p. 2). Si donc ce qu'une idée fausse a de positif était ôté par la
présence du vrai en tant qu'il est vrai, une idée vraie serait ôtée par
elle-même, ce qui (Prop.
4, p. 3) est absurde. Donc rien de ce qu'une idée fausse, etc.
SCOLIE
Cette Proposition se connaît plus clairement par le
Corollaire 2 de la Proposition 16, Partie 2. Car une imagination est une
idée qui indique plutôt l'état du Corps humain que la nature du corps extérieur,
non distinctement à la vérité, mais confusément ; par où il arrive que l'Ame est
dite errer. Quand par exemple nous regardons le soleil, nous imaginons qu'il est
distant de nous d'environ deux cents pieds ; en quoi nous nous trompons aussi
longtemps que nous ignorons sa vraie distance ; mais, quand elle est connue,
l'erreur certes est ôtée, mais non l'imagination, laquelle explique la nature du
soleil en tant qu'elle affecte le corps; et ainsi, bien que connaissant sa
vraie distance, nous n'imaginerons pas moins qu'il est proche de nous. Comme
nous l'avons dit en effet dans le
Scolie de la Proposition 35, Partie 2, nous n'imaginons pas le soleil proche
parce que nous ignorons sa vraie distance, mais parce que l'Ame conçoit la
grandeur du soleil d'une façon qui est en rapport avec l'affection venue au
Corps de lui. De même, quand les rayons du soleil, tombant sur la surface
de l'eau, parviennent à nos yeux après réflexion, nous l'imaginons comme s'il
était dans l'eau, encore que sachant le lieu où il est vraiment ; et les autres
imaginations par où l'Ame est trompée, qu'elles indiquent l'état naturel du
Corps, ou qu'elles indiquent soit un accroissement, soit une diminution de sa
puissance d'agir, ne sont pas contraires au vrai et ne s'évanouissent pas par sa
présence. Il arrive bien, quand nous avons à faux peur de quelque mal, que la
peur s'évanouisse à l'ouïe d'une nouvelle vraie ; mais il arrive aussi, en
revanche, quand nous avons peur d'un mal dont la venue est certaine, que la peur
s'évanouisse aussi à l'ouïe d'une nouvelle fausse, et ainsi les imaginations ne
s'évanouissent pas par la présence du vrai, en tant que vrai, mais parce qu'il
s'en offre de plus fortes qui excluent l'existence présente des choses que nous
imaginons, comme nous l'avons montré
Proposition 17, Partie 2.