PROPOSITION 7
Une affection ne peut être réduite ni ôtée sinon par une affection contraire,
et plus forte que l'affection à réduire.
Démonstration
Une affection, en tant qu'elle se rapporte à l'Ame, est une idée par laquelle l'Ame
affirme une force d'exister de son Corps plus grande ou moindre qu'auparavant
(Définition
générale des Affections à la fin de la troisième partie). Quand donc l'Ame
est dominée par quelque affection, le Corps est affecté en même temps d'une
affection qui accroît ou diminue sa puissance d'agir. En outre, cette affection
du Corps (Prop. 5)
reçoit de sa cause la force de persévérer dans son être ; elle ne peut donc être
réduite ni ôtée, sinon par une cause corporelle (Prop.
6, p. 2) qui affecte le Corps d'une affection contraire à elle (Prop.
5, p. 3) et plus forte (Axiome),
et alors (Prop.
12, p. 2) l'Ame sera affectée de l'idée d'une affection plus forte, et
contraire à la première, c'est-à-dire (Défin.
gén. des Affections) que l'Ame éprouvera une affection plus forte, et
contraire à la première, qui exclura ou ôtera l'existence de la première, et par
suite une affection ne peut être ni ôtée ni réduite sinon par une affection
contraire et plus forte.
COROLLAIRE
Une affection, en tant qu'elle se rapporte à l'âme, ne peut être réduite ni ôtée
sinon par l'idée d'une affection du corps contraire à celle que nous éprouvons
et plus forte qu'elle. Car une affection par laquelle nous pâtissons ne peut
être réduite ni ôtée sinon par une affection plus forte qu'elle et contraire à
elle (Prop. préc),
c'est-à-dire (Déf.
gén. des Aff.) par l'idée d'une affection du corps plus forte que celle
dont nous pâtissons et contraire à elle.