L'Unique Trait de Pinceau est l'origine de toutes choses, la racine de tous les phénomènes ;
sa fonction est manifeste pour l'esprit et cachée en l'homme, mais le vulgaire
l'ignore... La peinture émane de l'intellect : qu'il s'agisse de la beauté des
monts, fleuves, personnages et choses, ou qu'il s'agisse de l'essence et du
caractère des oiseaux, des bêtes, des herbes et des arbres, ou qu'il s'agisse
des mesures et proportions des viviers, des pavillons, des édifices et des
esplanades, on n'en pourra pénétrer les raisons ni épuiser les aspects variés,
si en dernier lieu on ne possède cette mesure immense de l'Unique Trait de
Pinceau. Si loin que vous alliez, si haut que vous montiez, il vous faut
commencer par un simple pas. Ainsi, l'Unique Trait de Pinceau embrasse-t-il
tout, jusqu'au lointain le plus inaccessible, et sur dix mille millions de coups
de pinceau, il n'en est pas un dont le commencement et l'achèvement ne résident
dans cet Unique Trait de Pinceau dont le contrôle n'appartient qu'à l'homme. Par
le moyen de l'Unique Trait de Pinceau, l'homme peut restituer en miniature une
entité plus grande sans rien en perdre ; du moment que l'esprit s'en forme
d'abord une vision claire, le Pinceau ira jusqu'à la racine des choses...
(Propos sur la peinture du moine Citrouille Amère, cité par François
Cheng dans Vide et plein, Éditions du Seuil, mai 1991)
