Extrait de La chapelle Sixtine, La Voie nue de Michel Masson, Les Éditions du Cerf, 2004, page 177 :
Ce livre, donc, on nous demande de le regarder mieux. Mais que pouvons-nous y
voir de plus puisqu'il est blanc ! Eh bien, justement, en nous amenant à fixer
davantage ces pages blanches, on nous fait faire ce que fait l'Éphèbe,
c'est-à-dire qu'on nous induit à une conduite paradoxale et donc à nous
interroger sur ce qu'elle peut représenter et, puisqu'elle est provoquée par le
message de Dieu, à approfondir une forme insolite de méditation spirituelle.
Elle est vue comme lecture. Elle suppose donc un déchiffrage, c'est-à-dire une
certaine forme d'attention qui se manifeste ici avec passion et, rappelons le
jeu du bras, avec une sorte de tendresse. Mais, en même temps, cette lecture
bouscule les conventions et donne à celui qui s'y livre l'allure d'un
excentrique. C'est que, a priori, tout livre est censé être marqué de signes,
que ce soient des caractères ou des images ― ce que confirment, nous l'avons vu,
les pages visibles des autres livres figurant dans la voute. Ces signes
appartiennent évidemment à une réalité sensible. Autrement dit, ce qui intéresse
l'Éphèbe, le blanc, est ce qui se trouve hors de l'écriture et des couleurs,
c'est-à-dire hors du monde du langage et, plus généralement, de la
représentation.